Qualité de l'air intérieur en Belgique

Avis n° 8794

L'air intérieur contient une multitude de contaminants, généralement d'une plus grande variété que ceux rencontrés à l'extérieur, et à des concentrations plus élevées pour certains polluants. Dans notre région, la population passe en moyenne 85 % de la journée à l'intérieur. La qualité de l'air intérieur (QAI) pouvant affecter l'exposition totale (étude UE ENVI, 2009) des occupants d'un bâtiment, il s'agit là d'un déterminant environnemental clé de la santé d'un individu. 

 

L'impact potentiel d'une mauvaise QAI sur la santé et son contexte sont reconnus depuis plusieurs décennies (Nederlandse Gezondheidsraad, publication n° 1984/01), la fumée de tabac ambiante (FTA) étant pointée du doigt comme l'un des principaux responsables de la pollution intérieure et l'enveloppe du bâtiment et sa ventilation comme déterminants potentiels de la QAI. Les tendances mondiales actuelles et les évolutions en matière de durabilité, conduisant à une utilisation accrue de nouveaux matériaux de construction plus durables ou recyclés ainsi qu'à des bâtiments mieux isolés, plus étanches, et de plus en plus écologiques, dotés d'une ventilation mécanique contrôlée, sont en effet susceptibles d'avoir une incidence considérable sur la qualité de l'environnement intérieur dans un avenir proche (Crump et al., 2010). Cette évolution tend également à responsabiliser les occupants des bâtiments dans le maintien d'un air intérieur sain, en termes d'utilisation et d'entretien des systèmes de ventilation, mais aussi en termes de comportements et d'utilisation de produits en intérieur. Des initiatives correctives, préventives et éducatives ciblées, qui respectent le contexte social de ce domaine, sont dès lors nécessaires afin de garantir un air intérieur sain aux citoyens belges. 

 

L'air ambiant serait responsable des 2/3 de la charge de morbidité totale découlant des expositions à l'air intérieur en Europe (Jantunen et al., 2011). 

 

Le 1/3 restant de la charge de morbidité liée aux expositions à l'air intérieur est causé par les installations de chauffage et de combustion (cuisson et chauffage à l'aide de combustibles solides), les systèmes d'approvisionnement en eau, et les fuites d'eau. La condensation et le sol sous-jacent sont deux autres sources importantes de radon dans la charge de morbidité liée à la QAI. 

 

Cet examen critique de la QAI des foyers belges et des bâtiments publics s'appuie sur des études scientifiques et des documents parallèles publiés entre 2005 et 2015. Les connaissances actuelles à l'échelon national portant sur les agents chimiques, la pollution intérieure microbiologique, mais aussi le radon, ont été recensées et examinées, et ont permis d'identifier les lacunes nationales et la nécessité de mener de nouvelles recherches. Cette analyse est divisée en trois parties : Polluants chimiques prioritaires de l'air intérieur (PARTIE A), Polluants intérieurs microbiologiques (PARTIE B) et Présence de radon dans l'air intérieur (PARTIE C). Les sous-parties de chaque section analysent avec critique la situation nationale actuelle (en termes de concentrations et d'expositions), identifient les sources intérieures, les effets sur la santé et l'évaluation des risques, la législation en vigueur, et quantifient les bienfaits sur la santé résultant de politiques, ou de mesures préventives ou réparatrices, puis proposent des conclusions, recommandations et appellent à la réalisation de nouvelles recherches. Les environnements intérieurs décrits dans cette analyse sont les logements et les bâtiments publics, par exemple les écoles, les garderies, les bureaux, à l'exclusion des moyens de transport et des expositions professionnelles intérieures. Les contaminants envisagés sont les agents chimiques présents dans l'air intérieur, les polluants microbiologiques et le radon, à l'exclusion des paramètres physiques de l'environnement intérieur (par exemple, la température, l'humidité, les champs électromagnétiques). Les sources chimiques intérieures traitées ici sont les émissions de produit (des matériaux de construction, du mobilier, des produits ménagers et de consommation), à l'exclusion des mesures relatives à l'activité humaine (par ex., tabagisme passif, impact des installations HVAC et des appareils de purification de l'air). Ce point n'est pas repris dans cette analyse en raison de preuves scientifiques exhaustives portant sur l'impact important de la FTA sur la santé et l'exposition intérieure, ainsi qu'en raison de l'existence de mesures préventives législatives, de campagnes de sensibilisation et de recommandations, passées et actuelles, européennes, fédérales et régionales, concernant la fumée de tabac à l'intérieur. Les auteurs soulignent néanmoins l'importance de l'impact du tabagisme intérieur sur la QAI et la santé humaine. 

 

Depuis 2005, une large gamme de produits chimiques a été examinée sur au moins 788 sites intérieurs en Belgique, essentiellement des résidences, écoles et garderies où aucune plainte relative à la santé n'avait été enregistrée. Grâce à ce travail, nous disposons d'un grand nombre d'informations sur la présence en intérieur de produits chimiques, caractérisés par des méthodes d'analyse et d’échantillonnage bien établies et par des impacts toxicologiques connus (tels que les BTEX (benzène, toluène, éthylbenzène, and xylènes), formaldéhyde, acétaldéhyde, trichloroéthylène, tétrachloroéthylène, pinène, limonène et aussi les particules fines (PM), CO, CO2 et radon). En revanche, des méthodes d'analyse et d’échantillonnage moins bien établies ne nous permettent pas d'en savoir autant sur la présence intérieure d'agents chimiques. Une évaluation traditionnelle de l'impact sur la santé du NO2, des PM, des composés organiques volatils (COV), des composés organiques volatils totaux (COVT) et du formaldéhyde dans cette analyse indique que 95 % des sites en intérieur étudiés en Belgique peuvent être classés dans la catégorie « danger limité pour la santé causé par la QAI », mais aussi que 5 % des sites étudiés présentent des risques élevés. Le dépassement des valeurs de référence sanitaires et les niveaux de concentration élevés en COVT apparaissent le plus souvent dans des bâtiments où des plaintes relatives à la santé ont été enregistrées. Le benzène et le benzo(a)pyrène sont identifiés comme ayant le plus d'impact sur l'incidence du cancer sur les sites en intérieur étudiés. Il convient de noter que cette conclusion se base sur une évaluation classique substance par substance de quelques composés et sur une sélection de valeurs de référence sanitaires disponibles. Un contrôle des sources dédié est nécessaire pour réduire les risques pour la santé d'une exposition intérieure. Cependant, la disponibilité limitée des données d'émission empêche d'évaluer l'impact des émissions matérielles sur la QAI et les risques associés pour la santé.

 

La présence d'animaux, de plantes et d'êtres humains à l'intérieur du bâtiment est une source importante d'allergènes. L'air extérieur est également une source importante de spores fongiques naturels en suspension qui peuvent s'introduire dans les bâtiments et former des dépôts de poussière. Des bactéries provenant de l'extérieur et des pollutions spécifiques autour des habitations, produites par l'activité humaine, peuvent s'introduire à l'intérieur et former des dépôts de poussière. Si l'on tient compte de la remise en suspension des poussières, le phénomène d'accumulation des poussières peut être une source importance d'effets nocifs tout au long de l'année. Dans nos régions, la formation de moisissures visibles dues à un excès d'humidité est fréquente et souvent considérée comme la principale contamination microbiologique de l'habitat. L'humidité semble également être un facteur important de l'infestation de cafards et acariens. En Belgique, il existe des structures publiques locales qui effectuent des interventions sur site. Les résultats de ces interventions aident les médecins dans leur diagnostic. Des actions coordonnées contribuent à une meilleure compréhension des pathologies grâce à une étiologie environnementale. Pour la pollution intérieure biologique, il n'est pas possible de définir des normes sanitaires sur le nombre admissible de microorganismes dans l'environnement intérieur, mais certaines valeurs seuils sont calculées à partir de bases de données existantes et sont utilisées par les différents laboratoires. Ces valeurs sont liées à la méthodologie spécifique d'analyse et d'échantillonnage utilisée par chaque laboratoire et permettent de détecter des anomalies microbiologiques dans l'environnement. 

 

Compte tenu du rôle important du radon dans l'exposition de la population belge et le lien clairement établi avec un risque accru de cancer du poumon, l'objectif sur le long terme de la Belgique est de réduire l'exposition moyenne de la population au radon. Dans la partie sud du pays, cet objectif peut être atteint en mettant en œuvre des initiatives de prévention du radon dans les nouvelles constructions et en appliquant des mesures et procédés d'atténuation dans les constructions existantes. Afin d'éviter une nouvelle augmentation de l'exposition au radon, la radioactivité des matériaux de construction doit faire l'objet d'une surveillance, et le radon doit être pris en compte dans la conception de bâtiments basse consommation (avec des taux de ventilation adaptés, en évitant le contact direct entre le sol et l'air, etc.). Pour la partie nord de la Belgique, cela se traduira par le statu quo de la situation actuelle en matière d'exposition. Il convient de noter qu'une réduction de la fumée de tabac entraînerait une diminution du risque présenté par le radon en raison de la relation presque synergique entre le radon et la fumée de tabac. Le radon doit faire partie d'une approche intégrée générale en matière de QAI. Pour ce qui est des mesures de prévention, la garantie d'un environnement intérieur sain dépend largement de l'efficacité et de la pertinence du système de ventilation. L'exposition aux polluants de l'air intérieur (c.-à-d. le radon) augmente lorsque la ventilation des bâtiments basse consommation est mal réglée ou ne fonctionne pas correctement. 

 

Pour atteindre une bonne QAI dans les bâtiments, une approche globale et intégrée en matière de QAI (comprenant les occupants et leur comportement) devrait être appliquée et consister en une série de mesures de contrôle des sources des polluants chimiques et microbiologiques, de prévention contre le radon ainsi que d'une ventilation intérieure efficace et adaptée. L'expérience a montré que l'exposition aux polluants intérieurs (chimiques, microbiologiques et radon) tend à augmenter lorsque la ventilation du bâtiment est mal réglée ou ne fonctionne pas correctement. Il est, par conséquent, recommandé d'intégrer la QAI dans les exigences et les procédures en matière d'efficacité énergétique de la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (PEB) ; il est, de plus, nécessaire d'avoir une intégration plus poussée de la QAI dans les systèmes d'évaluation des bâtiments écologiques (BREEAM, Leadership in Energy & Environmental Design (LEED), etc.). Des données récentes ont souligné l'importance d'une QAI saine dans les bâtiments écologiques, après avoir réalisé des rénovations énergétiques, lors de l'utilisation de produits (durables) de construction, ou en modifiant l'isolation ou la ventilation mécanique du bâtiment. 

 

Les mélanges complexes de substances chimiques dans l'air intérieur découlent de différences quantitatives et qualitatives notables entre les émissions provenant de sources de pollution intérieure et leurs effets potentiels sur la santé. Une analyse plus approfondie concernant la formation d'une réaction secondaire et les effets cumulatifs qui découlent d'expositions combinées à diverses substances (par ex., un regroupement de substances provoquant des effets semblables/identiques) est nécessaire pour mieux comprendre la question de la santé et du confort des occupants en intérieur. Une attention toute particulière devrait être accordée aux substances présentant un mécanisme d'action différent mais complémentaire entraînant certains effets sur la santé, telles que les agents mutagènes déclencheurs du cancer, les agents exerçant des effets de formation des tumeurs et des substances entraînant des perturbations du système endocrinien. Dans le cas des polluants chimiques, l'utilisation de produits à faibles émissions devrait être renforcée. De plus, une mise au point régulière de la liste des composés prioritaires des nouveaux produits chimiques, identifiés lors des mesures d'émission, est recommandée. Par exemple, la liste prioritaire en Belgique ne comprend pas certains composés tels que les retardateurs de flamme ou les phtalates (composés organiques semi-volatils (COSV), soupçonnés d'être des perturbateurs endocriniens) et pour certaines substances de la liste des composés prioritaires (par ex., l'ammoniac), il est urgent de mettre au point/optimiser une méthode d'essai de référence. Il est nécessaire de tenir compte de la composition chimique de l'air intérieur dans la caractérisation chimique de l'air intérieur et le contrôle des émissions. Davantage de recherches sont donc nécessaires sur la manière dont un matériau/produit est évalué actuellement dans le cadre de l'étiquetage/la certification par rapport à son comportement dans un environnement intérieur réel où des émissions secondaires viennent s'ajouter aux émissions primaires. De nouveaux dispositifs d'échantillonnage, méthodes et techniques d'analyse adaptés au prélèvement en intérieur de nouveaux polluants doivent être mis au point et/ou optimisés. 

 

Il faut procéder à une harmonisation des stratégies d'échantillonnage, des méthodes d'analyse et des stratégies de traitement des données. Pour les polluants chimiques et microbiologiques, il a été conclu qu'un cadre consensuel devait être fixé, lequel envisagerait la très grande variété de stratégies d'échantillonnage, de méthodes d'analyse, d'instruments, et d'outils d'évaluation des données en termes de risques pour la santé, d'exactitude et de représentativité. La législation sur les contaminants microbiologiques doit être revue et clarifiée, sur la base d'un consensus méthodologique. Il est nécessaire de mettre sur pied un groupe de travail dédié à la QAI au niveau national, qui conduirait à l'identification des aspects devant être encadrés. L'harmonisation des stratégies pour les outils de répartition des sources, dans le cadre des évaluations QAI dans les milieux intérieurs ayant fait l'objet de plaintes relatives à la santé (répartition des sources) ou non, permettra une anticipation plus ciblée des sources et de la santé des occupants. Les données nationales sur la QAI sont comparables et applicables à plus grande échelle lorsqu'elles se basent sur des stratégies et des méthodes d'analyse et d'échantillonnage (de référence) harmonisées. Cette harmonisation améliorera la validité et l'utilisation d'une base de données de référence sur la QAI et les sources intérieures. 

 

Compte tenu des expositions relativement élevées au radon de la population belge, et le lien bien établi avec l'incidence du cancer du poumon, une réduction de l'exposition est l'objectif sur le long terme pour le radon. Dans la partie sud du pays, cet objectif peut être atteint en mettant en œuvre des initiatives de prévention du radon dans les nouvelles constructions et en appliquant des mesures et procédés d'atténuation dans les constructions existantes. Afin d'éviter une nouvelle augmentation de l'exposition au radon, la radioactivité des matériaux de construction doit faire l'objet d'une surveillance, et le radon doit être pris en compte dans la conception de bâtiments basse consommation (avec des taux de ventilation adaptés, en évitant le contact direct entre le sol et l'air, etc.). Pour la partie nord de la Belgique, cela se traduira par le statu quo des niveaux actuels d'exposition.

 

Il est recommandé d'établir une base de données de référence à grande échelle sur la QAI en Belgique, représentative des milieux et des sources intérieures en Belgique, et adaptée à l'exploration des données. Cette base de données devrait donc comprendre divers milieux intérieurs ; des (futurs) composés prioritaires (produits chimiques, radon et contaminants microbiologiques) ainsi que des données d'émission de tout type de produit utilisé dans un environnement intérieur. La base de données permettra une évaluation des tendances d'exposition au fil du temps, et fournira des données pour évaluer les mesures (politiques) de prévention et de réduction de l'exposition dans l'air intérieur et pour une étude préliminaire des coûts socio- économiques de la qualité de l'air intérieur, afin d'obtenir un calcul plus précis des années de vie ajustées sur l'incapacité (AVCI). Pour le radon, cela permettrait une mise à jour régulière de la cartographie des risques liés au radon et la conception d'un instrument permettant de mesurer et évaluer l'impact et l'efficacité du programme sur le radon sur le long terme. Pour les autres produits chimiques, davantage de données sur les niveaux de base des polluants intérieurs devenus récemment prioritaires (par ex., à partir des données d'émission du produit), ou les nouveaux polluants, conduiront à une évaluation plus précise des risques pour la santé et à la définition d'actions de prévention adaptées. À des fins de prévention, l'établissement d'un suivi à long terme de la QAI dans un parc de logements représentatif contribuera à quantifier l'impact des tendances de construction et du comportement des occupants sur la QAI et permettra de rassembler les outils appropriés en matière de gestion des données. 

 

Une validation et une communication approfondies par rapport aux mesures de réparation sont nécessaires tant pour les contaminants chimiques que microbiologiques. Dans le cas des mesures de réparation contre les contaminants microbiologiques, des spécifications devraient être rédigées en tenant compte des risques associés des divers types de réparation. Pour la prévention contre le radon, il est recommandé d'établir un code de construction à tous les niveaux législatifs. Une approche progressive est recommandée en matière de protection des occupants, selon le niveau de risque de la zone de construction, avec une protection accrue dans les zones à risque. Un système qui fournit une aide financière pour les mesures d'atténuation des effets du radon pourrait avoir un effet positif. De même, pour l'exposition intérieure aux agents chimiques, il faut une communication claire au sujet de l'efficacité des diverses mesures de réparation. 

 

Une harmonisation s'impose dans l'évaluation des concentrations recherchées pour les polluants intérieurs chimiques et microbiologiques préoccupants. Pour les concentrations de moisissures dans l'air ou les spores de moisissure, des valeurs seuils font défaut. Au moment d'évaluer les expositions intérieures aux produits chimiques, il faut en outre envisager une gamme plus large de composés émis, qui aille au-delà des émissions des produits de construction et qui dépasse le champ de compétences de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Par ailleurs, une liste complète et harmonisée des valeurs de référence sanitaires, notamment les nouveaux polluants, permettra une évaluation plus précise de l'impact de la QAI sur la santé. Actuellement, ce travail consiste en un « patchwork » de valeurs de référence (VR) avec divers facteurs d'évaluation. 

 

Cette analyse souligne qu'une approche holistique est nécessaire pour créer une QAI saine qui intègre les polluants chimiques, le radon et les contaminants microbiologiques et qu'elle est soutenue par l'utilisation d'un système de ventilation adapté et efficace. Les lignes directrices nationales et régionales portant sur tous les aspects relatifs à une QAI saine devraient être harmonisées et alignées les unes sur les autres.


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Date de publication: 14/11/2017
 

KCE