Association Belge des Syndicats Médicaux

Jeu pathologique

Avis n° 9396

Le jeu pathologique est défini dans le DSM5 comme un trouble addictif (non lié aux substances), alors qu’il était auparavant considéré comme un trouble du contrôle des impulsions. Les chiffres dont on dispose montrent une prévalence de 0,4 à 4,2 % au cours de la vie. La prévalence est difficile à déterminer car il n’y a pas assez d’études en la matière, que les joueurs ont peu accès aux soins, et qu’ils n’y sont pas correctement identifiés. Le jeu peut cependant avoir des conséquences importantes (au niveau financier, relationnel, social et psychique. Il y a aussi dans ce groupe des hauts taux de pensées suicidaires et de tentatives de suicide) et est donc important à traiter. Il y a actuellement un faible taux de traitement. Il faut agir simultanément sur les différents facteurs qui interviennent dans le développement du jeu pathologique. Les joueurs sont particulièrement sensibles aux variables environnementales, et il est donc important de réduire la disponibilité des possibilités de jeu, ainsi que son attrait, entre autres en interdisant la publicité. Le type de jeu va également influencer le développement de dépendances au jeu, et il faut donc prendre des mesures structurelles concernant les caractéristiques du jeu pour réguler l’offre disponible et la rendre moins addictive. Au niveau individuel, on retrouve des disfonctionnements neurobiologiques similaires à ceux identifiés chez les personnes dépendantes à l’alcool et autres drogues, ainsi que des processus cognitifs semblables. Il est donc important que le traitement soit axé sur les cognitions, afin de modifier le comportement. Le traitement doit par ailleurs prendre en compte le conditionnement, la vulnérabilité et/ou l’impulsivité qui dépendant du profil du joueur. Il doit aussi prendre en compte les comorbidités, fréquentes chez les personnes avec un problème de jeu, ainsi que les problèmes financiers. La recherche scientifique a permis de montrer que les thérapies cognitivo-comportementales étaient efficaces pour le traitement des troubles liés aux jeux, mais les études ont souvent de nombreuses limites et plus d’études sont donc nécessaires, également pour évaluer d’autres types de traitements. Il est donc surtout important d’avoir une approche multidimensionnelle et de partir des besoins de chaque joueur. Pour favoriser la rétention dans les soins il est aussi important d’avoir une approche motivationnelle et psychoéducative, et de développer des stratégies de prévention des rechutes (mesures de contrôle, auto-exclusion). Une pharmacothérapie (antagonistes aux opiacés) peut aussi être utile.  

 

Il existe peu de services spécialisés dans la dépendance au jeu actuellement en Belgique, et cette offre est peu connue. Pour faciliter l’accès aux soins, il faudrait donc renforcer et mieux faire connaitre l’offre de soins disponible. L’offre en ligne, couplée à une aide professionnelle, facilite l’accès aux soins et peut donc jouer un rôle important à cet égard. L’identification et l’intervention précoces devraient aussi être renforcées par une meilleure connaissance de la problématique chez les professionnels de première ligne et les services généraux de santé mentale. Enfin, la problématique du jeu et les possibilités d’aide devraient aussi être mieux connues des joueurs et les mécanismes d’auto-contrôle et la publication de messages durant le jeu doivent aider à ne pas perdre le contrôle. Des campagnes de sensibilisation et de déstigmatisation peuvent aussi être adressées au grand public.

 

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Date de publication: 12/12/2017

KCE