Les rapports entre mutuelles et médecins permettent de voir où nous nous situons dans notre pays. Sans nul doute et par bonheur, la Belgique reste une démocratie. Pourvu que cela dure. A tous les niveaux du système, les dirigeants proclament qu'ils mettent le patient au centre. Cela implique de soutenir et de respecter ceux qui s'en occupent directement.

 

La pandémie a rappelé aux médecins, au nursing et à tous les professionnels de terrain, que s'ils ne joignent pas leurs efforts, ils risquent de n'être ni soutenus ni respectés, tout au plus applaudis. Après la grève des médecins stagiaires, la grève du personnel infirmier reprend au moment de finir cet article. Si les praticiens veulent se renforcer, qu'ils regardent comment les mutualités ont réussi à consolider leurs positions.

 

Des étages lourds de pesanteurs administratives et une base en quête de reconstruction

 

La version 5.0 du Pacte d'avenir des mutuelles compte 77 pages pour 66 actions-engagements. De quoi écraser de bonnes grosses lourdeurs bureaucratiques tous ceux qui bossent auprès des malades mais aussi, plus positivement, de quoi saisir des opportunités. Après tout, la plupart des citoyens de ce pays s'affilient à une mutualité et plus de 15.000 personnes y travaillent. Inutiles, usurpatrices? On le croit volontiers en découvrant un gros milliard de frais administratifs. Mais interrogeons-nous plutôt sur la manière dont les stratèges mutualistes ont étançonné leurs pouvoirs. Il s'agit d'attirer l'attention des médecins sur ce qui les attend s'ils continuent à se diviser pour des broutilles.

 

Le pacte confirme les mutualités comme gardiennes de l'assurance maladie-invalidité obligatoire non seulement sur le plan financier, mais sur tous les plans, des plus médicaux et scientifiques aux plus politiques et stratégiques. Six axes de modernisation soutiennent l'édifice de la base au sommet: 1° Information aux membres, aide et coaching santé 2° Contribution au développement des connaissances et à la préparation stratégique 3° Contrôle et efficacité 4° Corps des médecins-conseils 5° Assurance complémentaire obligatoire 6° Capacité de gestion, bonne gouvernance et transparence.

  

Comment expliquer une telle réussite alors que les métiers les plus concrets pour les malades éprouvent les pires difficultés à se faire entendre? Les explications habituelles évoquent l'individualisme des médecins, l'incompatibilité entre l'éthique médicale et l'éthique politique (le dilemme de Farber) ou encore la primauté du serment d'Hippocrate. Mais nous ne sommes plus au temps des grèves médicales de 1964. A l'époque, le flambeau de la liberté tenu d'une main ferme par les médecins n'a pas peu contribué aux qualités du système actuel.

 

En obtenant le libre choix, en acceptant des négociations tarifaires et en envoyant des délégués à tous les étages du système, les Chambres syndicales des médecins et les autres organisations contribuent en principe à l'édifice. Mais alors, pourquoi s'inquiéter? Parce que sur le terrain, les médecins trop occupés à leurs tâches prioritaires, légitimement soucieux de plus d'équilibre entre vie familiale et vie professionnelle, ne voient plus l'utilité d'un engagement politique dans le sens noble du terme.

 

Une base de praticiens solide: un must pour la démocratie

 

Les échafaudages de compétences allant du terrain des pratiques aux cimes des décideurs politiques ne peuvent tenir sans une base solide capable de se faire entendre en haut lieu. Cette base, seuls les médecins, le nursing et les autres praticiens de terrain peuvent la construire. Non pas pour défendre des corporatismes rétrogrades, mais pour consolider les structures tenant le système debout.

 

Car dans une société, quand les gens de terrain perdent le contact avec les dirigeants, la démocratie en souffre. Comme l'a dit le Président de l'Absym, Philippe Devos: SVP, consoeurs et confrères, votez pour vos organisations! A elles de faire front! 

 

Dr Jean Creplet (ABSyM)

 

Source: Le Journal du médecin

 

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