Association Belge des Syndicats Médicaux

Le GBS veut-il vraiment que les spécialistes prennent le pas sur les généralistes ?

BRUXELLES 23/04 - Emoi en début de semaine, lorsque les médecins généralistes ont pris connaissance de la "Position du comité exécutif du GBS concernant les soins efficaces". En résumé, il s'agirait ni plus ni moins que de considérer les spécialistes de ville sur le même plan que les généralistes dans la première ligne de soins, y compris pour l'initiation des DMG, au nom des économies pour le budget de la santé et de la mise à disposition des médecins les plus compétents pour les patients. Mais est-ce bien cela qu'il faut comprendre ?

 

 

L'existence d'un (premier) lien thérapeutique

 

Jean-Luc Demeere, le président du GBS, s'insurge contre une vision caricaturale des intentions affichées par son groupement, déplorant par ailleurs avoir reçu des appels de jeunes généralistes furieux de voir compromise leur place dans le système de soins.

 

Lien vers la position du GBS

 

"Pour nous, ce qui compte avant tout, c'est que les meilleurs soins soient donnés par les gens les plus compétents et à proximité du patient. C'est d'ailleurs ce qui a été rappelé par le ministre de la Santé. La base est que tout premier contact entre un patient et un médecin, qu'il soit spécialiste ou généraliste, devrait idéalement déboucher sur la création, l'initiation d'un DMG par le médecin consulté. Ensuite, ce DMG pourrait très bien être géré par un généraliste, dont c'est un des rôles. Prenons l'exemple d'un nourrisson quittant le milieu hospitalier, arrivant ensuite chez un pédiatre de ville. Ce dernier doit alors inviter les parents de l'enfant à consulter un généraliste pour la création du DMG de leur enfant et qu'il puisse, dans certaines circonstances, obtenir des remboursements préférentiels.  Or, ce généraliste ne connait pas cet enfant, il n'a pas de lien thérapeutique avec lui. C'est une démarche et un coût inutiles, puisque le pédiatre pourrait très bien créer le DMG." D'après Jean-Luc Demeere, il ne serait donc pas question de réclamer la gestion du DMG (ni le forfait qui y est lié).

 

Les limites des compétences, éternelle bouteille à encre

 

Pour le GBO, les besoins des patients étant divers et très généraux, l'offre de soins correspondante "doit forcément être généraliste." L'exemple du nourrisson fraichement sorti de la maternité indiquerait-il le contraire, avec des besoins assez spécifiques ? Plus précisément : jusqu'à quel point un généraliste (avec ou sans qualification de type ONE) pourra-t-il aider directement le jeune enfant ? En prenant un autre exemple, Jean-Luc Demeere estime qu'un simple mal de gorge ne doit pas justifier une consultation chez un ORL en lieu et place de l'avis d'un généraliste. On en revient donc à la sempiternelle question de la compétence de chacun : jusqu'où, pour quelles maladies et à quel degré de sévérité un généraliste est-il "suffisamment" compétent ? A moins de vivre dans un Etat dirigiste, la réponse à cette question n'est pas près d'être trouvée, surtout sur base de critères objectifs et en n'oubliant pas un point fondamental : dans la majorité des cas, le diagnostic ne s'établit qu'au bout de la consultation d'un médecin. Une des possibilités futures de contourner l'obstacle sera peut-être de collecter les éléments anamnestiques d'une plainte et quelques examens cliniques par des instruments connectés, avant de diriger le patient vers un généraliste ou un spécialiste, mais on en est (heureusement ?) encore loin…

 

La propriété du patient, avec une création variable suivant les pays

 

Au passage, Jean-Luc Demeere rappelle que, d'après la loi, le patient est propriétaire de son DMG. "Or, le fait que les généralistes soient les seuls autorisés à ouvrir ce DMG n'est pas logique." Entendre par-là que si un patient ne consulte pas un généraliste, dans une sorte de minimum obligatoire, pour faire ouvrir son DMG, les bénéfices médico-sociaux qu'il permet ne seront pas possibles.

 

A noter aussi que le système peut différer dans d'autres pays. C'est par exemple le cas en France, où le patient crée lui-même son dossier médical partagé (DMP), analogue au DMG belge (1).

 

Au bout du compte, y a-t-il un malentendu sur les intentions du GBS au souhait du DMG, qui seraient limitées ? Clairement, pour son président. De son côté, Paul De Munck en doute, et se demande si les intentions réelles ne sont pas plus importantes. Wait and see. En attendant, dans un communiqué fraichement publié, l'ABSyM se distancie de la position exprimée par le GBS, arguant que "l'ouverture d'un DMG constitue un moment privilégié qui donne au patient l'occasion de découvrir ce qu'est la médecine générale. Elle ne peut donc en aucun cas être confiée à un médecin spécialiste qui priverait les patients de cette chance."

 

Travailler ensemble pour s'entendre ?

 

Outre le partage des informations via le DMG, une des questions fondamentales évoquées par le communiqué du GBS est l'accessibilité et la qualité des soins, dans une perspective "qui doit être holistique." La vision globale du patient serait-elle réservée aux généralistes ? Pas du tout, d'après Jean-Luc Demeere, qui plaide pour une prise en charge multidisciplinaire. Sur ce plan, le GBO le rejoint – du moins en théorie. Il est fort probable que l'avenir de la médecine prendra surtout la forme de centres de santé reprenant des généralistes et des spécialistes, en plus des soignants paramédicaux et d'un secrétariat. Une formule où l'entente et la collaboration paraissent généralement bonnes, sans esprit particulier de concurrence et – à l'exception de certaines maisons médicales – avec la liberté laissée au patient de consulter éventuellement l'un ou l'autre médecin extérieur à son centre habituel sans se voir pénaliser sur le plan financier.

 

 

  1.  https://www.dmp.fr/patient/creation/etape1

 

 

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Dr Claude Leroy, MG • MediQuality