D'où venait cette vocation précoce ? Certainement un peu des professions de ses parents - une maman, infirmière en psychiatrie et un papa responsable administratif et financier d'une communauté thérapeutique et d'habitations protégées - mais aussi pour des raisons plus profondes. " Je disais : " moi, plus tard, je n'oublierai pas ce que c'est d'être un enfant. Je n'oublierai pas l'intensité de la souffrance que l'on peut avoir parfois et je ne serai pas dénigrante." J'avais vraiment l'impression que les adultes relativisaient les émotions des enfants ".

 

Malgré la perplexité affichée d'un de ses professeurs en fin d'études secondaires à l'annonce de sa volonté d'entamer de études de médecine et des examens blancs ratés, Caroline Depuydt réalise un brillant parcours estudiantin à l'UCL - couronné par la plus grande distinction - avec l'objectif ultime de se consacrer à la psychiatrie. " Je me suis mise à étudier. J'aimais bien les études de médecine. Je voulais faire la psychiatrie plutôt que la psychologie parce que je voulais avoir une approche complète. J'avais envie de m'occuper de l'âme humaine et des personnes en souffrance - la question des déshérités est un fil conducteur dans mon parcours - tout en voulant pouvoir réaliser un diagnostic différentiel, prescrire des traitements, pouvoir identifier un problème neurologique... Entre-temps, j'avais abandonné mon idée de faire de la pédo-psychiatrie ", précise-t-elle en souriant. " Ma grande crainte après ma formation de base était de ne pas aimer exercer la psychiatrie. Je n'avais presque pas eu de stage en psychiatrie et je ne voulais pas m'orienter vers une autre discipline. Après le concours, j'ai réalisé des stages. Cela a " matché ". La psychiatrie et moi nous nous sommes bien rencontrées. "

 

Le désir de comprendre

 

Durant son assistanat, lors de sa première semaine de garde à la Clinique Saint-Pierre d'Ottignies, la jeune psychiatre est confrontée à une demande d'hospitalisation sous contrainte de 40 jours dans un service fermé d'un jeune patient. " Qu'est-ce que j'en sais ? J'ignore à l'époque ce qu'est un centre fermé. J'étais très interloquée par la position d'expert dans laquelle j'étais placée tout d'un coup. C'est très impressionnant, du jour au lendemain, on est médecin. On doit prendre des décisions importantes, on a un bloc de prescriptions en main, une autorité et un savoir. "

 

Elle décide de se renseigner sur cette forme de prise en charge et effectue plusieurs stages à la Clinique de la Ramée et à la Clinique Fond'Roy. " Je voulais voir ce que l'hospitalisation sous contrainte apporte véritablement. Je me suis rendu compte qu'ici on prend en charge les personnes qui ont dépassé le stade d'être 'au bout du rouleau'. Il existe quelque chose après le 'bout du rouleau', c'est la mise en observation sous contrainte. " Après ses stages, elle intègre la clinique psychiatrique située à Uccle. " Une place s'était libérée. J'ai directement accepté ".

 

Depuis 2009, le Dr Depuydt est chef du service à l'Hôpital d'accueil spécialisé de la Clinique Fond'Roy dans le cadre des hospitalisations sous contrainte. Les responsabilités ne lui font pas peur. Très organisée, elle parvient à mener plusieurs activités de front. " Je peux gérer mon temps avec une grande autonomie. La direction générale et médicale de mon institution, assurées par deux médecins, ont bien compris qu'il est utile de pouvoir avoir une représentation dans différentes structures de concertation. "

 

Un engagement protéiforme

 

En 2006 également, le Dr Depuydt décide de rejoindre l'Absym et d'y prendre progressivement des responsabilités, au point de devenir membre du CA en 2015 et vice-présidente de la Chambre bruxelloise de l'Absym en 2019. " Au début, je ne comprenais pas grande chose lors des réunions, mais je me suis plongée dans les matières ", confie la psychiatre avec humour. Depuis quelques années, elle représente le syndicat médical dans différentes structures, entre autres, au sein du Conseil technique médical de l'Inami. " C'est important pour moi de représenter mes confrères psychiatres et de défendre la revalorisation des actes intellectuels ".

 

À côté de son activité syndicale, le Dr Depuydt préside le conseil d'administration des Services de santé mentale sectorisés de Forest, Uccle et Watermael-Boitsfort. " Par cette activité, non-clinique, j'essaye de fournir le meilleur cadre de travail possible aux membres de cette association ".

 

Active sur les réseaux sociaux (Twitter) pour défendre son approche de la médecine, le Dr Depuydt signe régulièrement des tribunes dans la presse (entre autres dans le jdM contre le bashing des gynécologues), propose des formations à ses collègues et intervient dans des colloques. Ce 19 octobre, elle participera d'ailleurs au symposium de l'Absym Bruxelles consacré au burnout chez les médecins.

 

Caroline Depuydt n'est pas prête à sacrifier une partie de tennis pour une réunion importante. " Le tennis participe à mon équilibre. Quand je joue, je suis à fond dans ma partie. Ce sport me défoule et en plus stimule ma créativité professionnelle. " Au moment de boucler ce portrait, Caroline Depuydt s'apprêtait à partir une semaine sur un voilier aux Glénan. Il y a fort à parier qu'elle reviendra de cette expérience avec des idées plein la tête.

 

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Source: www.lejournaldumedecin.com