Association Belge des Syndicats Médicaux

Mediquality: Les pédiatres, ces colosses aux pieds d’argile (opinion)

BRUXELLES 01/08 - S’il y a bien une caste de médecins qui m’a toujours bluffée, ce sont bien les pédiatres. Surhommes ou surfemmes, constitués d’un système immunitaire qui ferait pâlir n’importe quel dragon de Komodo, d’une patience extrême et d’un amour de leur métier sans pareil. Et pourtant, ces colosses de guimauve ont les jambes qui flagellent et ce pour de bonnes raisons.

 

Comme nous avons pu le voir dans les résultats d'un sondage néerlandais, les pédiatres plus que le reste de la population sont soumis à un énorme stress allant jusqu'à développer des troubles psychologiques qui finissent par nuire à la pérennité de leur profession. Peur de manquer un diagnostic, suspicion de maltraitance, décès, pression des parents sont autant d'éléments qui rongent la santé mentale de nos pédiatres.

 

Pourquoi donc les pédiatres plus que les autres ? Nous allons tenter de dégager quelques hypothèses en croisant les informations que j'ai pu recueillir sur le terrain.



Une santé labile

 

La santé d'un enfant n'est pas celle d'un adulte, la présentation clinique est d'autant plus variable et peu indicative que l'enfant est jeune. Je me souviens d'ailleurs, lorsque j'étais en stage de pédiatrie, une cheffe m'avait dit devant mes interrogations face à l'armada d'examens que nous réalisions sur un bambin un peu chaud : "moins de deux ans, tu mets ton cerveau sur 'off' et tu suis les protocoles".
Et la remarque est tout à fait légitime, notre cours de pédiatrie est ponctué de cas cliniques où le soignant, face à l'absence de signes évocateurs, a laissé repartir trop vite un enfant dont la situation a ensuite dégradé jusqu'au décès. De quoi stresser les futurs pédiatres avant même qu'ils aient commencé. La conséquence est qu'à la garde pédiatrique, les jeunes se rongent les ongles sur chaque enfant qui entre.

 

Des cas lourds

 

Six ans, une simple douleur à la hanche d'allure psychogène après un changement d'école qui est en réalité un ostéosarcome métastatique. Treize mois, glioblastome stade 4, 3e debulking... Face à ce type de cas, on se dit qu'il n'y a pas de justice dans la nature. D'ailleurs, le service qui y est confronté s'enferme souvent dans le silence et l'ambiance devient pesante.

 

Mais il n'y a pas que les cas oncologiques qui sont lourds psychologiquement. Maltraitance, viol et autres dossiers sordides sont également une charge psychologique considérable.
Enfin, les cas néonataux qui tournent à la catastrophe, finissent d'achever les plus solides.

 

Une double responsabilité

 

Le médecin est responsable de son patient, un patient souvent éclairé avec lequel il est possible de communiquer et de guider dans les décisions thérapeutiques. En pédiatrie, la communication avec l'enfant passe d'abord par les parents qui en plus d'être parfois un frein aux soins de l'enfant sont également une pression considérable sur le soignant.  Rappelons que quoi qu'il arrive, vous aurez à répondre de vos actes face aux parents. Ces derniers allant jusqu'à entrer en conflit avec les soignants voire à les agresser physiquement ou verbalement.

 

Conclusion

 

Alors oui, le stress est en quelque sorte l'essence de la médecine qui est un métier à haute responsabilité car il s'agit bien de la vie d'un être humain dont on a la charge. Néanmoins de par ses particularités, il est tout à fait compréhensible que la pression psychologique en pédiatrie puisse atteindre des sommets.

 

Evolution très rapidement péjorative, cas lourds tant cliniquement que socialement, pression des parents sont autant d'éléments qui justifient les chiffres exposés par nos confrères néerlandais.

 

Qu'on se le dise, les enfants sont sacrés et nous avons tendance à perdre notre rationalité scientifique face à un bambin dont l'état de santé se dégrade et l'investissement émotionnel est malgré nous bien plus important qu'avec d'autres patients.

 

Souvenez-vous donc que derrière un enfant gravement malade, il y a un pédiatre qui derrière ses grands sourires et sa sympathie, souffre silencieusement.

 

A propos de l'auteur

 

Le Dr Quentin Lamelyn est un jeune médecin fraîchement sorti de la double cohorte et engagé dans de nombreux combats pour garantir une médecine de qualité accessible à tous. Il est membre du Comité Inter-Universitaire des étudiants en Médecine et en dentisterie (CIUM) et a récemment rejoint le Comité Inter-universitaire des médecins assistants candidats spécialistes (CIMACS).  Depuis peu, il s'investit également pour l'ABSyM et s'engage sur la voie de la recherche en infectiologie, discipline passionnante dans laquelle il souhaiterait se former. 

 

Conflits d'intérêts/grants : l'auteur déclare ne pas avoir de lien d'intérêt en rapport avec le sujet.

 

Source: Mediquality