Association Belge des Syndicats Médicaux

Lettre ouverte au Premier Ministre De Croo et au Ministre Vandenbroucke

Monsieur Alexander De Croo

Premier ministre

 

Monsieur Frank Vandenbroucke,

Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique

 

 CC : A tous les membres du gouvernement, aux parlementaires

 

Bruxelles, le 11 janvier 2022.

 

LETTRE OUVERTE

 

Concerne : avant-projet de loi autorisant les pharmaciens à administrer les vaccins corona dans leur officine

 

Monsieur le Premier ministre,

Monsieur le ministre des Affaires sociales et de la Santé publique,

 

En l'absence de réponse à notre lettre ouverte du 9 décembre 2021, nous vous adressons cette nouvelle lettre ouverte pour réitérer notre demande de retrait urgent de l’avant-projet de loi autorisant les pharmaciens à administrer les vaccins corona dans leur officine. Cette nouvelle lettre ouverte est motivée par deux raisons :

 

  1. Notre manifestation en ligne #GeenStem - #SansVoix avec la participation de plus de 5 000 médecins qui s'opposent à la vaccination par les pharmaciens et expriment leur mécontentement à l'égard de la politique Covid-19 de votre gouvernement.

 

  1. La publication le 31 décembre 2021 au Moniteur belge de la loi d'urgence[1] qui permet la réalisation de certains actes médicaux dans un centre de vaccination par des personnes qui ne sont pas légalement habilitées à exercer la médecine.

 

1. L'action #GeenStem / #SansVoix a débuté juste avant Noël et s'est poursuivie jusqu'au 4 janvier 2022. Comme les médecins ne descendent pas dans la rue pour manifester, et qu'en période de Covid, ce ne serait pas non plus une bonne idée, nous leur avons donné la possibilité de transférer virtuellement leur protestation. Pour ce faire, ils pouvaient télécharger des selfies avec la légende #GeenStem ou #SansVoix et écrire leurs doléances personnelles au gouvernement.

 

Le mécontentement à l'égard de votre politique Covid, et plus particulièrement de la vaccination par les pharmaciens, était massif. Le 4 janvier, l'action finale a eu lieu dans la rue de la Loi, en face du cabinet du ministre Vandenbroucke. Les selfies et les messages personnels des participants ont été rendus publics grâce à un grand écran LED et de grands haut-parleurs.

 

2. Le Conseil des ministres a approuvé le 10 décembre dernier l'avant-projet de loi relatif à la vaccination et à l’administration, par des pharmaciens exerçant au sein d'officines pharmaceutiques ouvertes au public, des vaccins autorisés dans le cadre de la prophylaxie du COVID-19 et au prélèvement, à l'exécution et à l’interprétation des tests antigéniques rapides. Toutefois, il est encore temps de retirer cet avant-projet car il doit encore être soumis au Conseil d'État et le Parlement doit encore le voter.

 

L'ABSyM s'oppose à la vaccination par les pharmaciens pour de nombreuses raisons. Dans notre précédente lettre ouverte, nous avons souligné qu'il n'y a aucune preuve scientifique pour soutenir le fait que le taux de vaccination contre le Covid-19 augmenterait en Belgique si les pharmaciens d'officine étaient mis à contribution. 

 

Entre-temps, a été publiée la loi d'urgence qui permet à des personnes qui ne sont pas légalement habilitées à exercer la médecine d’effectuer certains actes médicaux. Il s'agit plus particulièrement du prélèvement et de la collecte de sécrétions et d'excrétions, de la collecte de sang par ponction capillaire et de la préparation et de l'administration de vaccins contre le coronavirus SARS-Cov-2.

 

La loi sur l'urgence prévoit comme condition que les personnes non qualifiées ne peuvent être mobilisées que si aucune autre personne qualifiée ne peut l'être. Les actes sont confiés de manière prioritaire « aux personnes dont la formation se rapproche le plus de la formation d’infirmier(e) ». La loi mentionne les dentistes, les logopèdes, les pharmaciens, les experts pharmaceutiques, les ambulanciers, les hygiénistes bucco-dentaires, les technologues de laboratoire médical et les aides-soignants.

 

Cette loi est entrée en vigueur le 31 décembre 2021 et restera en vigueur jusqu'au 1er juillet 2022. Cette loi d'urgence permet également aux pharmaciens de vacciner, mais seulement si certaines conditions sont remplies. Entre autres, il faut établir qu'il n'y a réellement pas assez d'infirmier(e)s ou de médecins pour vacciner. Et la vaccination ne peut se faire que sous la surveillance d'un médecin ou d'un(e) infirmier(e).

 

Puisque cette possibilité existe déjà grâce à cette loi d'urgence, on peut s’interroger sur la nécessité d’autoriser en plus les pharmaciens à vacciner. Jusqu'au 1er juillet, il n'y a pas d'urgence à ce que les pharmaciens administrent les vaccins dans leurs officines. La campagne actuelle pour la dose de rappel se déroule sans problème. Et le récent projet pilote mené avec des médecins généralistes de Hasselt, qui ont été autorisés à administrer le vaccin Moderna dans leur cabinet, s'est révélé être un succès. En outre, il apparaît qu'il n'y a pas de pénurie immédiate de vaccinateurs dans les centres de vaccination, mais plutôt une pénurie de pharmaciens comme préparateurs de vaccins et experts pharmaceutiques.

 

Par ailleurs, une vaccination dans un centre de vaccination coûte moins de 10 euros, alors que le pharmacien perçoit plus de 10 euros rien que pour préparer la seringue, la remettre au médecin et enregistrer la vaccination dans Vaccinnet. Le pharmacien semble donc extrêmement bien rémunéré pour ces actes.

 

Pour les raisons susmentionnées, nous vous demandons instamment de retirer cet avant-projet de loi. La voix de plus de 5.000 médecins ne peut plus être ignorée. Nous vous prions instamment de bien vouloir répondre à notre lettre ouverte avant la fin de cette semaine.

 

L’ABSyM est par ailleurs satisfaite de la simplification des procédures en matière de testing entrée en vigueur ce 10 janvier.  C’est une bonne mesure qui permettra aux généralistes de consacrer plus de temps aux soins pour les patients.

 

Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, à notre parfaite considération.

 

Dr. Luc Herry,

Président

 

[1] Loi portant diverses mesures sociales suite à la pandémie de Covid-19 du 4 novembre 2020, telle que modifiée le 31 décembre 2021