Association Belge des Syndicats Médicaux

« Le ministre Vandenbroucke semble vouloir envoyer les anciens systèmes à la casse sans savoir ce qui les remplacera »

Le Dr Johan Blanckaert, président nouvellement élu de l'ABSyM, comprend que notre système de soins doive inévitablement être réformé. Les généralistes ne peuvent plus faire face, les hôpitaux sont en pleine noyade financière et la pénurie de personnel soignant atteint des proportions endémiques. Pourtant, il plaide pour une évolution, pas une révolution. « Nous sortons d'une crise sanitaire débilitante, qu'on laisse les médecins et les soignants souffler un peu. » Entretien exclusif avec MediQuality.

 

Vous craignez donc une révolution ?
 
« Plus le ministre Vandenbroucke se tue à dire qu'il n'y aura pas de révolution, plus je me méfie. Son prédécesseur, Maggie De Block, était également une apôtre de la progressivité, mais il en a parfois été tout autrement dans la pratique. Comprenez-moi bien, notre ministre actuel fait de bonnes choses. Il travaille sur les réformes nécessaires, comme dernièrement avec le New Deal pour les médecins généralistes. Accorder une attention particulière à la première ligne et à la fonction de passerelle des généralistes, c'est bien. Ce qui nous inquiète, c'est que d'un seul et même trait de plume il veut aussi faire passer la forfaitarisation. Cela va trop loin. Les projets pilotes actuels n'ont pas été suffisamment évalués, et il est loin d'être certain que les patients en bénéficieront. »
 
« En outre, un salaire fixe comprend également un filet de sécurité sociale. Qu'en est-il de notre pension, de nos indemnités de maladie et de chômage ? Il n'y a rien de tout cela dans son New Deal, alors que l'un ne va pas sans l'autre. Cela s'applique à tous les groupes professionnels ayant un salaire fixe, y compris les médecins. »
 
Quelle est votre position sur les projets de gel des suppléments d'honoraires ? 
 
« La perception est contre nous dans cette discussion. Dire que certains suppléments sont trop élevés et reviennent à pressurer le patient financièrement, c'est facile et ça fait marquer des points auprès de l'opinion publique. Malheureusement, on est trop prompt à tout mettre dans le même panier. Car qu'entend-on exactement par "suppléments" ? Si on peut faire remonter le supplément à un acte non remboursé ou sous-remboursé, alors il ne s'agit pas d'un supplément. »
 
« Dire que certains suppléments sont trop élevés, c'est facile. Mais qu'entend-on exactement par "suppléments" ? »
 
« La plupart du temps, il y a une logique défendable derrière la tarification supplémentaire. Parfois, on aura renouvelé des appareils sans que leur coût soit suffisamment pris en compte dans la nomenclature. Et que dire du fait que de nombreux hôpitaux écrèment les honoraires des médecins pour garder la tête hors de l'eau ? Il faut bien récupérer ça quelque part. En outre, le débat se concentre sur les suppléments extrêmement élevés, disons entre 10.000 et 30.000 euros, mais ceux-là ne représentent que 1% du volume total. En d'autres termes, ce sont des exceptions. Et même là, il vaut la peine de s'interroger sur les motivations exactes. »
 
Pourquoi le ministre insiste-t-il tant sur ce dossier, à votre avis ?
 
« Je n'ai pas encore pu lui parler, donc aucune idée. Le timing n'est pas du tout idéal. Nous venons de sortir d'une crise sanitaire qui a exigé de nous un effort incroyable. Les prestataires de soins de santé sont fatigués, y compris les médecins. Les gens aspirent à des vacances et à un peu de paix et de tranquillité. Ces projets autour des suppléments d'honoraires ont surtout pour effet d'agiter les esprits. De plus, sa démarche va à l'encontre de ce que les médecins, les compagnies d'assurance maladie et le gouvernement ont convenu en 2021 : on ne toucherait pas unilatéralement aux suppléments d'honoraires. Le faire finalement, c'est une rupture de contrat. Le ministre Vandenbroucke semble vouloir envoyer les anciens systèmes à la casse avant de savoir ce qui les remplacera. C'est difficile à digérer. Nous sommes toujours constructifs et nous serons heureux de mettre notre expertise au service des réformes. Mais nous voulons aussi savoir où le vaisseau se dirige. »
 
« Le ministre Vandenbroucke semble vouloir envoyer les anciens systèmes à la casse avant de savoir ce qui les remplacera. C'est difficile à digérer. »
 
« Il faut absolument tout considérer dans son contexte. On ne peut pas se mettre à tripatouiller les suppléments sans réformer également la nomenclature et le financement des hôpitaux. Ces trois chantiers sont intrinsèquement liés et doivent donc être abordés de front. Nous préconisons par exemple que tous les coûts liés à la mise en œuvre des actes de la nomenclature soient comptabilisés comme frais de fonctionnement, y compris ceux qui sont cachés dans le budget des moyens financiers (BMF) de l'hôpital. Un groupe de travail de la KUL est en train de calculer ce que cela signifierait concrètement. On ne peut avancer que si l'on connaît ces chiffres. » 
 
Le ministre est loué pour sa vue d'hélicoptère. Il est difficile de croire qu'il ne considère pas les réformes nécessaires dans leur contexte.
 
« Pourtant, je vois différentes réformes se dérouler côte à côte. Ce n'est pas bon. Si le ministre sait en fait où le bât blesse, mais qu'il nous pousse néanmoins dans un certain coin, je n'appelle pas cela une vision d'hélicoptère, mais une stratégie idéologique. En ce qui concerne le gel des suppléments d'honoraires et de la forfaitarisation, je soupçonne qu'il agit en tant que socialiste et non en tant que professeur. Bien sûr, je comprends que chaque ministre de la santé veuille imprimer ses propres accents idéologiques. Ce n'est pas anormal. Mais les ministres ne sont liés au secteur de la santé que pendant quelques années, les médecins pendant toute leur carrière. Je considère qu'il est de notre devoir de garder cette perspective à long terme à l'esprit et d'agir si nécessaire. » 
 
Pour finir : êtes-vous satisfait de l'accord récent sur le contingentement ? 
 
« Ce dossier traînait depuis bien trop longtemps. Le ministre Vandenbroucke a été le premier depuis longtemps à forcer une percée, mais l'accord doit encore être mis en œuvre et l'ABSyM suivra ce dossier avec ce qu'il faut de circonspection. Il reste également un arrière-goût persistant. Les francophones promettent d'introduire enfin un numerus clausus, ce qui nous donne de l'espoir. D'un autre côté, on passe simplement l'éponge sur un passé dans lequel on a systématiquement formé trop de médecins, tandis qu'en Flandre nous avons empêché pendant 25 ans des médecins prometteurs de se former parce que nous respections le quota. On ne peut pas vraiment appeler ça juste. »
 
 
Source : Thomas Detombe (Mediquality)