Association Belge des Syndicats Médicaux

L'ABSyM se félicite de l'attention accordée aux médecins généralistes dans le New Deal, mais la forfaitarisation va trop loin

L’ABSyM soutient la plupart des propositions du New Deal pour les médecins généralistes. Elle apprécie que le ministre Vandenbroucke s'inquiète de l'avenir de la médecine générale. Mais l'ABSyM a également quelques commentaires importants à faire. Une véritable revalorisation de la médecine générale fait encore défaut.

 

Bruxelles, le 20 juin 2022

 

La médecine générale a besoin d'une perspective d'avenir. L'ABSyM se félicite du fait que le ministre Vandenbroucke cherche des solutions à la "pénurie" de médecins généralistes et à l'absurde surcharge administrative qui accable la profession. Il est urgent de réduire notamment les médicaments avec autorisation ainsi que les certificats « parapluie » à la demande des écoles, des employeurs, des clubs de sport et des garderies. Le nouveau dispositif relatif aux téléconsultations et aux vidéoconsultations mis en place, et qui, pour rappel, ne peuvent exister que s’il y a une relation thérapeutique préalable entre le médecin et le patient, peut également compter sur son approbation.

 

L'ABSyM souhaite nuancer le postulat du New Deal selon lequel il y a une pénurie générale de médecins généralistes. La Belgique compte plus de 11.000 généralistes actifs, soit plus d'un généraliste pour 1.000 habitants. En moyenne, un Belge a 4 contacts par an avec un généraliste. En comparaison, aux Pays-Bas, il y a un généraliste pour 2.000 habitants et en France, la règle veut qu'il y ait pénurie de généralistes dans les zones où les patients ont moins de 2,5 contacts avec un généraliste par an. Dans certaines communes rurales de notre pays, il y a une pénurie, mais dans les villes, il y a souvent une abondance de médecins généralistes. C'est donc la répartition des cabinets de médecins généralistes qui est défaillante.

 

Ce que l'ABSyM déplore, c'est que le New Deal ne conduira pas à une réelle revalorisation de la médecine générale. Le revenu annuel moyen d'un médecin généraliste indépendant s'élève à 42.000 euros nets. Pour une semaine de travail moyenne de 45 à 50 heures, cela revient à un salaire horaire net de seulement 16,15 euros. Pour un médecin généraliste indépendant, les soins de médecine générale à l’acte s’élèvent, en moyenne, à 128 euros par an et par Lorsque les généralistes travaillent dans le cadre du système forfaitaire, le coût par patient et par an s’élève alors à 180 euros.

 

Passer à un modèle de financement dans lequel les médecins généralistes sont principalement payés sur une base forfaitaire, et seulement une petite partie par prestation, serait incompréhensible et inacceptable pour l'ABSyM. Dans le cadre d'un New Deal, l'ABSyM s'attend à ce que la grande majorité des médecins généralistes qui souhaitent principalement être payés à la prestation puissent le faire à des tarifs qui rendent justice à leur niveau de formation et d'expertise.

 

Une véritable revalorisation des médecins généralistes commence d'ailleurs par le respect et la reconnaissance de leurs tâches et de leur expertise. L'ouverture de la vaccination aux pharmaciens témoigne malheureusement du contraire. L'ABSyM préfère un New Deal qui fait également appel aux médecins généralistes pour des tâches supplémentaires,  comme par exemple la vaccination Covid, qui devrait leur incomber. 

 

L'ABSyM reconnaît que les postes médicaux de garde (PMG) sont un instrument intéressant pour garantir la continuité des soins des médecins généralistes et éviter que les services d'urgence ne soient surchargés. Le gouvernement devrait offrir une rémunération décente aux médecins généralistes et  les postes de garde devraient pouvoir compter sur le même financement que les autres services publics tels que les hôpitaux, les casernes de pompiers et les postes de police.  Elle ne peut tolérer une situation où les médecins doivent financer leurs postes de garde (infrastructure, personnel) en partie avec leurs propres honoraires. Les pompiers ne sont pas non plus censés financer eux-mêmes leurs casernes.

 

En ce qui concerne la délégation de tâches au personnel de soutien, l'ABSyM s'attend à ce que l'embauche d'un assistant de cabinet pour les tâches administratives puisse être une option viable, à condition que des ressources suffisantes soient trouvées. La rémunération actuelle des médecins généralistes rend cette embauche difficile. 

 

Le transfert des actes médicaux du médecin généraliste vers d'autres prestataires de soins, comme le suggère le ministre Vandenbroucke, ne nous semble pas une bonne idée. Seul(e)s les infirmier(e)s pourraient y prétendre, mais il y a aussi une "pénurie" d'infirmier(e)s. Rappelons que le maintien des actes médicaux aux mains du médecin généraliste reste la garantie de qualité.

 

Dr  Johan Blanckaert, président                                                                                

Dr Luc Herry, vice-président

 

 

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