Association Belge des Syndicats Médicaux

L’ABSyM dit non à l'exercice illégal de la médecine par le pharmacien

 

Les pharmaciens se battent pour élargir leur éventail de tâches et ce notamment aussi à la vaccination. Ils ont, par exemple, fait pression pour être autorisés à administrer le vaccin lié au coronavirus au sein de leur pharmacie et ils réclament depuis un certain déjà la possiblité de pouvoir administrer le vaccin contre la grippe. Mais leurs revendications semblent vouloir aller plus loin encore. On parle d'une offensive pour assumer des tâches légalement réservées aux médecins. L’ABSyM s'y oppose.

 

Bruxelles, le 14 juin 2021.

 

Jusqu’ici les compétences du médecin sont définies par la loi coordonnée du 10 mai 2015 (LEPSS) relative à l’exercice des professions de soins de santé qui définit que : « Nul ne peut exercer l'art médical s'il n'est porteur du diplôme légal de docteur en médecine, chirurgie et accouchements ».  Cette loi stipule aussi clairement ce que l’on entend par exercice illégal de la médecine. [1]

 

On observe que la littérature fourmille de publications qui revendiquent l’accès du pharmacien aux compétences du médecin : la vaccination, le dépistage des maladies chroniques, la surveillance des indicateurs biologiques en lien avec les médications, la surveillance de l’apparition de problèmes de santé résultant du dosage de médicaments.

 

Et cela ne s'arrête pas là. Les pharmaciens revendiquent également le droit de renouveler la médication chronique sans ordonnance ni examen médical, le droit d'arrêter la médication chronique sans avis médical et revendiquent même le droit de traiter les problèmes de santé jugés « bénins » sur la base d'un interrogatoire.

 

Last but not least, ils revendiquent également la délivrance libre des médicaments actuellement soumis à juste titre à une prescription médicale. Les pharmaciens se voient dans une position qui précède les soins primaires, une position qui leur donne le pouvoir de décider si un patient doit ou non consulter un médecin.

 

Avant tout, les rares études qui semblent démontrer un bénéfice à l’accès du pharmacien aux compétences du médecins ont été menées dans des régions où sévit une pénurie extrême de médecins comme en France, au Canada ou aux Etats Unis. Cette pénurie, l’ABSyM en conteste l’existence dans notre pays.  En outre, les prises en charge de problèmes citées en exemple n’abordent qu’un symptôme (la mictalgie, la pharyngodynie, …) ou une mesure isolée de biologie clinique (glycémie capillaire).  C’est l’inverse de ce que l’on enseigne aux futurs médecins à l’université et pendant leurs stages.

 

Il est important de savoir qu'il est interdit aux médecins de vendre des médicaments en raison du risque évident de « conflit d’intérêts ». Le médecin pourrait alors avoir un intérêt matériel ou financier à choisir un traitement particulier. Supposons que les médecins soient autorisés à vendre des médicaments, il existe un risque qu'ils prescrivent trop de médicaments ou un médicament plus cher que ce qui est médicalement justifié. A l'inverse, le même risque de conflit d'intérêts financier existe également dès lors que les pharmaciens sont autorisés à délivrer librement des médicaments sur ordonnances, à les renouveler ou à poser des diagnostics.

 

Un pharmacien n’a pas les compétences requises pour prendre en charge un problème de santé dans la globalité de la santé du patient.  Le suivi d’une maladie chronique ne peut s’envisager que dans sa relation avec les autres problèmes de santé.  Ceci ne nécessite pas une compétence mais une expertise que seul le médecin peut garantir au patient.  Confier cette responsabilité au pharmacien lui donnera l'illusion d'une prise en charge de qualité.  Le risque de complications potentiellement graves voire mortelles est réel car des problèmes de santé échapperont au diagnostic ou que leur prise en charge globale sera contournée. 

 

Le pharmacien ne constitue en rien une avant-première ligne de soins.  Il a bien d’autres missions capitales à assurer en complémentarité avec le médecin, tant dans le domaine de la prévention primaire que dans le domaine de la surveillance des effets indésirables des médicaments, la prévention des interactions médicamenteuses sévères ou du conseil à leur bon usage. C’est dans cette complémentarité que l’ABSyM encourage la collaboration entre nos deux professions.

 

Au nom des généralistes francophones et néerlandophones de l’ABSyM,

 

Dr. Philippe Devos,

Président ABSyM

 

 

[1] Article 3, §1er, LPSS, définit l’exercice illégal de la médecine comme suit :

« Constitue l'exercice illégal de l'art médical, l'accomplissement habituel par une personne ne réunissant pas l'ensemble des conditions requises par l'alinéa 1er de tout acte ayant pour objet ou présenté comme ayant pour objet, à l'égard d'un être humain, soit l'examen de l'état de santé, soit le dépistage de maladies et déficiences, soit l'établissement du diagnostic, l'instauration ou l'exécution du traitement d'un état pathologique, physique ou psychique, réel ou supposé, soit la vaccination »