A l’attention des consœurs et confrères en fin de carrière et prescripteurs sporadiques

Chères Consoeurs,

Chers Confrères,

 

Nous avons bien reçu votre message. Comme il était anonyme et que nous désirons vous répondre, nous le faisons à partir de notre site.

 

Nous vous remercions d’avoir été des membres fidèles et comprenons votre angoisse devant un changement aussi profond de la communication que constitue l’informatique. Nous pensons qu’un tel bouleversement ne s’est plus produit depuis l’introduction de l’imprimerie.

Vous nous menacez de ne plus payer votre cotisation si nous n’obtenons pas un moratoire jusqu’en 2021 à propos de l’obligation d’utiliser la prescription électronique.

 

Nous comprenons votre désarroi et croyez bien que l’évolution que vous craignez est un sujet majeur d’inquiétude pour nous. Nous comprenons moins vos menaces. Vous vous trompez de cible en vous en prenant à ceux qui vous défendent au lieu de vouloir renforcer la défense  professionnelle que nous représentons et plutôt que de vous opposer à ceux qui vous attaquent et représentent vos véritables adversaires (Ministre, administration, mutuelles…).

 

Nous sommes confrontés à une nouvelle division du corps médical par rapport à ce problème.

 

Il y a ceux qui s’adaptent et qui se sont même adaptés depuis longtemps, qui apprécient les facilités, les nouvelles possibilités offertes par l’informatique, qui se réjouissent des financements qui y sont liés et qui sont demandeurs de cette évolution.

 

Il y a ceux qui s’adaptent tant bien que mal. Disons qu’ils subissent mais qu’ils parviennent quand même à s’en sortir. Sans s’opposer à cette évolution, ils ne sont pas demandeurs de toujours plus d’informatique.

 

Enfin, il y a ceux qui, comme vous, ne voient que les désavantages du système (et il y en a), qui ne veulent absolument pas faire le pas et qui, par conséquent, sont adversaires de toute obligation. Souvent, ils souhaitent pouvoir arriver à la retraite avant que s’abatte définitivement cette chape sur le corps médical.

 

Quelle est notre position ?

Tout d’abord, nous nous rendons compte du caractère inéluctable de cette évolution. Nous ne pouvons nier non plus les avantages qui sont liés à la circulation de l’information et aux facilités que nous offre l’informatisation.

 

Nous sommes tout aussi conscients des dérives que ce système peut entraîner. Nous pensons notamment au secret médical. Si les données sortent de notre dossier, comment pouvons-nous garantir leur confidentialité, comment pouvons-nous assurer qu’elles ne soient pas utilisées à des fins que nous réprouvons autant que le patient, comment pouvons-nous enfin obtenir un consentement éclairé du patient alors que nous ignorons nous-mêmes l’usage qui pourrait en être fait ?

 

Lorsque le Conseil national de l’Ordre des Médecins admet que les données issues de ces dossiers informatisés pourraient servir à la rationalisation des soins, cela implique que la Santé publique ou les mutuelles puissent en prendre connaissance et s’en servent pour limiter la liberté thérapeutique du médecin.

 

Alors, notre approche est la suivante :

  • Nous reconnaissons le caractère inéluctable mais aussi profondément utile de l’informatisation. Nous ne pouvons nous y opposer, pas plus que nous pouvons arrêter les Chutes du Niagara mais comme celles-ci, nous estimons nécessaire de les canaliser. Nous nous opposons donc à toutes les dérives.
  • Deuxièmement, même si nos dirigeants, mais aussi une partie du corps médical, sont déçus de constater que la généralisation du système n’est pas assez rapide, nous estimons qu’au contraire, l’évolution va suffisamment vite et doit laisser assez de temps pour créer une confiance justifiée dans le système (qui, à l’heure actuelle, n’existe pas et ne peut prétendre être justifiée) pour permettre à chacun de s’y adapter et enfin, pour permettre aux médecins en fin de carrière de terminer celle-ci sans devoir subir cette transformation.

 

En ce qui concerne Recip-e, notre position est que les médecins retraités puissent bénéficier d’exceptions à l’obligation s’ils ne prescrivent qu’exceptionnellement (aux amis, à la famille, à eux-mêmes) ou d’un système facile et gratuit s’ils ont encore une activité réelle, même ralentie.

Vous devez être conscients que notre attitude a toujours consisté à retarder toute obligation, à l’instar de ce que nous faisons depuis de nombreuses années, mais que nous ne pourrons pas indéfiniment les postposer. Ce n’est pas nous qui tenons la plume et tout accord est fait de compromis.

 

Beaucoup de consœurs et confrères ne comprendraient pas que nous en fassions un point de rupture. Comme en médecine, les négociateurs doivent assurer un équilibre entre les avantages obtenus et les concessions consenties. De plus, l’e-Santé étant un domaine appartenant au Cabinet, la Commission Nationale Médico-mutualiste ne peut exprimer que des souhaits.

 

Alors, même si vos souhaits sont justifiés, nous vous invitons à renforcer la défense professionnelle plutôt que de vous en prendre à elle.

 

Avec nos sentiments confraternels,

 

Dr Roland LEMYE

Past President ABSyM

Date de publication: 09/11/2017