Exposition résidentielle aux produits destinés à lutter contre les insectes et autres arthropodes

Avis n° 8717

L'utilisation de pesticides à l'intérieur des habitations peut être à l'origine d'une exposition de l'utilisateur lui-même mais également des habitants. Il s'agit principalement de l'usage de biocides pour lutter contre les insectes (moustiques, mouches, fourmis, etc.), mites (anthrènes, etc.) et autres arthropodes (araignées, etc.). Le traitement des plantes d'appartement et des éléments en bois dans la maison peut également entraîner une exposition similaire.


En Belgique, l'utilisation de ces produits est considérable. En 2013, environ 75 tonnes de substances actives ont été utilisées pour lutter contre les insectes dans les habitations. Elles ont été formulées de sorte à obtenir environ 800 tonnes de produits vendus. Ces formulations sont appliquées sous des formes très variées, notamment aérosols, vaporisateurs, diffuseurs, plaquettes, cassettes, appâts, colliers anti-puces, etc.
L'utilisateur amateur (non professionnel) est généralement peu informé des risques que représentent ces produits et n'est que peu ou pas protégé durant l'application, contrairement à l'utilisateur professionnel. Sa principale source d'informations est l'étiquette figurant sur l'emballage. Les pictogrammes illustratifs symbolisant les risques toxiques et environnementaux sont dès lors très importants. Aussi bien l'applicateur lui-même, que l'habitant des lieux traités, courent un risque potentiel. Celui-ci peut être dermique (par contact avec la peau), oral (par la bouche) ou inhalatoire (par les voies respiratoires). Le degré d'exposition dépend de différents facteurs tels que la fréquence d'emploi, le soin mis lors de l'application (par exemple un vêtement de protection), le dosage et le type de formulation (aérosol, diffuseur, etc.). La question qui se pose également est de savoir s'il faut tenir compte du risque pour certains groupes sensibles de la population (durant la grossesse, enfants, etc.) ou s'il n'existe pas d'effet cumulatif avec d'autres applications de produits similaires tels que les produits phytopharmaceutiques.

 

Dans la plupart des cas, l'exposition demeure bien en deçà des limites de sécurité fixées sur la base de la méthode toxicologique classique. Néanmoins, des conséquences nocives graves pour la santé (notamment des effets perturbateurs endocriniens) dues aux effets à faible dose et/ou aux interactions synergiques entre les différents agents, ne peuvent pas être exclues avec certitude. Il en est de même pour l'exposition agrégée/combinée à des substances actives au mode d'action identique.


Les données du Centre Antipoisons indiquent que les problèmes notifiés ne sont que très rarement importants en Belgique et que la plupart des notifications concernent des symptômes mineurs ou aucun symptôme. Pour se faire une meilleure idée des risques liés à l'utilisation de ces produits, une évaluation modélisée des différents scénarios représentatifs en Belgique peut être réalisée. Ces scénarios donnent notamment une image du risque pour un utilisateur très intense, un utilisateur moyen, un non utilisateur par exposition secondaire après l'application et un enfant. Il ressort de ces simulations qu'un usage extrême de ces produits représente effectivement un risque. Il apparaît en outre que ce risque ne se limite pas au seul utilisateur mais que, dans certains cas, l'habitant peut être exposé dans une large mesure après l'application. Les enfants peuvent également présenter une exposition secondaire plus importante en raison de certains aspects comportementaux comme le fait de jouer sur des surfaces traitées.


Une comparaison entre l'exposition du consommateur par ingestion de résidus de pesticides dans son alimentation avec son exposition par l'application de pesticides à l'intérieur de l'habitation montre que cette dernière exposition peut être beaucoup plus importante que celle due à l'alimentation.


On peut donc conclure que l'utilisation de pesticides à l'intérieur des habitations n'est pas toujours sans risque malgré la réglementation stricte et que leur usage doit s'accompagner de la prudence nécessaire. Le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) conseille dès lors, d’utiliser des méthodes alternatives, à savoir des mesures préventives telles que des moustiquaires, des méthodes physiques comme la lumière UV, ainsi que l'utilisation de pièges, d’appâts et de répulsifs, même si ces méthodes alternatives s'avèrent souvent moins efficaces et requièrent davantage de recherches scientifiques.

Date de publication: 01/02/2016
 

KCE