Besoins en matière de Double Diagnostic (déficience intellectuelle et problèmes de santé mentale : trouble du comportement et/ou troubles psychiatriques) en Belgique.

Avis n° 9203

Les personnes qui présentent une déficience intellectuelle et également des problèmes de santé mentale (des troubles du comportement et/ou des troubles psychiatriques), ce que l’on définit comme un « double diagnostic », ont encore des difficultés à trouver une offre de services correspondant à leurs besoins, et ce malgré les quelques initiatives mises en place ces dernières années. Le Service Public Fédéral Santé Publique a dès lors demandé au Conseil Supérieur de la Santé (CSS) d’élaborer un avis définissant les besoins de cette population et évaluant plus particulièrement la nécessité de mettre en place des services hospitaliers spécialisés et les conditions d’implantation de ceux-ci. On constate en effet que les acteurs du réseau font souvent appel aux hôpitaux en cas de crise, mais que les capacités d’accueil de ceux-ci et les moyens mis à leur disposition sont largement insuffisants. La problématique est cependant complexe, car la population visée est particulièrement hétérogène et les services hospitaliers spécialisés ne peuvent pas être la seule réponse. Le groupe de travail ad hoc mis en place a donc tenté de répondre aux questions posées par une approche globale, intégrée et bien documentée, ce qui a nécessité du temps et résulte en un rapport complet et détaillé.
Le groupe de travail a ainsi d’abord mené un vaste travail d’auditions (représentants des parents et du secteur du handicap : AWIPH1, PHARE2, VAPH3), a également contacté par courrier le Délégué Général aux Droits de l’Enfant, le Kinderrechtencommissariaat, le Centre pour l’Egalité des Chances, le Dienststelle für Personen mit Behinderung et les administrations compétentes pour l’enseignement, et a consulté la littérature scientifique et un expert étranger. 

Ce travail a mis en évidence que ces personnes visent, comme tout un chacun, la meilleure qualité de vie possible et font de ce fait face aux mêmes besoins que tout le monde, et notamment en termes de santé somatique et mentale. Cependant, alors que la Belgique a ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU, selon laquelle les personnes handicapées ont un droit d’accès aux soins, et que la tendance actuelle vise leur pleine et effective participation dans la société, il apparait qu’elles ont encore un accès difficile aux services dont elles auraient besoin. De plus, les services exigent souvent que ces personnes s’adaptent à eux, plutôt que de s’adapter à elles en tenant compte de leurs difficultés spécifiques (notamment en termes de communication), ce qui se traduit bien souvent par des troubles du comportement. Mieux répondre à leurs besoins permettrait de réduire ces troubles de comportement, et dès lors les exclusions qui en découlent. Afin de remédier à ces lacunes, le CSS fait trois recommandations principales :

 

A. Améliorer l’accessibilité des services en créant un réseau pour ces personnes qui leur garantit un circuit de soins complet, sur tout le territoire. Ce réseau doit impliquer tous les secteurs (santé mentale, santé, handicap, enseignement, emploi, aide à la jeunesse, justice), être inclusif et mettre la personne au centre des préoccupations.
B. Améliorer la formation du personnel de tous les services et s’assurer que ceux-ci mènent une réflexion concernant les pratiques qu’ils utilisent. A cet égard, les interventions et guides de bonnes pratiques disponibles pour ce groupe cible sont détaillés dans l’avis.
C. Prévoir des places spécialisées pour les cas les plus complexes. Le CSS précise également comment ces services spécialisés (hospitaliers, de revalidation et d’hébergement) devraient être organisés. Ces places spécialisées ne doivent cependant pas remplacer le travail réalisé par des structures générales quand celui-ci est possible et cette troisième recommandation ne peut être mise en place indépendamment des deux autres : l’amélioration de l’accessibilité et de l’adéquation de tous les services (par la formation du personnel et la construction de réseaux) sont en effet les conditions indispensables pour éviter que ces places spécialisées ne deviennent l’unique possibilité pour ces personnes et soient de ce fait rapidement insuffisantes.

 

 

1 Agence wallonne pour l’Intégration des Personnes Handicapées
2 Personne Handicapée Autonomie Recherchée
3 Vlaams Agentschap voor Personen met een Handicap

 

Cliquez ici pour consulter l'avis complet du Conseil supérieur de la Santé

Date de publication: 16/12/2015
 

KCE